depuis trois nuits l'enfant revient. il marche sur l'eau salée et ne s'enfonce pas. tu n'as pas besoin de comprendre ça — il pourrait s'agir simplement d'une question que tu ne sais pas encore poser, et qui prend la forme la plus douce qu'elle a trouvée pour t'arriver.
le frère a reparu trois fois aussi ce mois, mais à des moments où la journée tournait court. on dirait qu'une figure appelle l'autre — peut-être qu'elles se parlent à un endroit où tu n'es pas encore. ce n'est pas un problème. tu pourrais juste rester près d'elles un peu plus longtemps, certains soirs, sans les déplacer.
il y a aussi le sol craquelé qui revient — toujours bali, toujours en contrebas. tu pourrais l'avoir vu cinq fois sans le compter. on pourrait entendre une marge, là. quelque chose qui veut être tenu sans être nommé tout de suite.
ce cercle traverse une saison de questionnements — quelque chose qui n'a pas encore trouvé sa forme. quatre d'entre vous ont rêvé d'eau ce mois, deux d'un seuil à franchir. on pourrait dire que la même question se pose à vous huit, par des voies différentes.
il y a un silence qui se tient aussi — pas un évitement, plutôt une retenue qui sait. on pourrait y rester encore un peu, sans se presser de formuler. la lune revient bientôt pleine.
cette lune, le monde rêveur s'est posé une question commune sans la nommer. elle est venue de plusieurs côtés à la fois — l'eau qui porte, le silence qui dit, l'enfant qui marche sans s'enfoncer. ce ne sont pas trois rêves différents, c'est la même question prise par trois angles.
il y a aussi, en sourdine, un retour vers les figures du père. moins d'absences, plus de paroles. quelque chose se répare lentement, à l'échelle de plusieurs vies en même temps. tu n'es pas seule à porter ça. tu n'as pas à le porter seule.
la voûte respire. on reste là, sans urgence.